Saddakoh a écrit :
Bah tu sais, je ne suis qu'un technicien bien loin du niveau de réflexion de certains ici apparemment, mais je vis en France, dans une zone pas spécialement favorisée, et j'estime avoir autant de légitimité à parler que les autres.
Je n'en veux à personne, mais ne fait que constater que je retrouve le même mépris et la même condescendance dans les posts de certains, que dans la bouche de politiques, qui le lendemain d'une défaite rejettent la faute sur les votants.
Je ne peux définir une démocratie, ce que je sais, c'est que mon vote, si je l'utilise, a autant de valeur que celui d'un de ces intellectuels, pour qui je suis un sombre idiot, probablement égoïste car je vois le monde avant tout par rapport à ma famille et ce qui m'est proche.
Mais je pense, et crains, que nous autres, sombres idiots, ne soyons majoritaires à l'heure actuelle.
Y a pas mal de choses intéressantes dans ce message sur lesquelles je souhaite réagir.
Beaucoup d’intervenants ici ont un côté obsessionnel. En ce qui me concerne, je suis très sensible aux valeurs que sont les libertés individuelles. Je crois que la grande majorité de mes messages sur backstage sont plus ou moins liés à la défense de ces libertés.
Je serai donc à mon avis un des derniers ici à prétendre que tu n’es pas légitime pour t’exprimer. Il ne t’a pas échappé que, quand Blow Up a réclamé à ses interlocuteurs de définir la démocratie pour démontrer leur légitimité à s’exprimer sur le sujet, je suis le seul à l’avoir ouvert pour dire que cette exigence était totalement déplacée. Il ne s’agit ni plus ni moins qu’une méthode d’intimidation, similaire à ce que Biosmog fait quand il dit que tu ne comprends rien à rien et qu’il n’est pas là pour faire ton éducation (ce qu’un G.comien – je ne sais plus qui - résume parfaitement dans sa signature). Le plus amusant dans l’histoire c’est que ce sont les mêmes qui réclament cette expertise à leurs interlocuteurs qui critiquent par ailleurs une démocratie qu’ils estiment phagocytée par les experts et qui réclament plus de démocratie directe.
Pour ma part, je pense qu’on est tous doté de bon sens et qu’il ne faut en effet pas être un expert de la vie politique pour ressentir intuitivement quand la démocratie dérape. Et l’exercice de disqualification auquel se livrent les Blow Up et Biosmog est surtout une manœuvre qui leur évite de répondre aux questions de fond qu’on leur pose.
En revanche, je ne pense pas qu’intellectualiser le débat soit en soi une forme de mépris ou de condescendance. Et je pense que c’est un exercice fondamental que de déconstruire les grilles de lecture idéologique, qu’elles soient de gauche ou de droite d’ailleurs. Parce que je ne crois pas, comme tu sembles le penser, que ces discussions soient au final très éloignées de la réalité de la vie politique et donc dénuées d’intérêt. Je m’explique : quand un citoyen vote, il ne fait pas la liste de ses doléances, de ses envies ou aspirations. Non, il coche une case et donne ainsi un blanc-seing à un tiers pour le représenter. Ces tiers en question sont organisés au sein de partis politiques. Et ces partis puisent précisément dans ses grilles de lecture idéologiques en vogue qu’ils essayent de les traduire dans leur action politique. Le point de vue que j’essaye de défendre est que l’évolution de la pensée de gauche contemporaine prend des chemins que j’estime inquiétants, que les théories fumeuses qu’elle développe commencent à percoler au-delà de l’extrême gauche et contaminent l’ensemble de la gauche. Le résultat, selon moi, c’est que l’idéologie de gauche prend une tournure de plus en plus autoritaire et que la gauche libertaire est progressivement réduite au silence.
Ce qui nous ramène à mon obsession de départ. Je n’ai plus beaucoup d’ambitions de convaincre qui que ce soit quand je poste ici, j’essaye plutôt – avec un succès très relatif j’en conviens - de susciter des interrogations sur la légitimité de certains discours qu’on veut parfois nous présenter comme irréfutables.