Je provoquais. Toutes les drogues sont dangereuses. Mais faire du vélo est aussi dangereux, c'est pourquoi on apprend à aller en vélo, et lorsqu'on souffre de troubles de l'équilibre ou cognitif (impossibilité de distinguer une route d'un chemin) on ne fait pas du vélo.
On a beaucoup associé certaines psychoses notamment la schizophrénie à l'usage de drogue. Or, on sait juste que ces troubles apparaissent en fin d'adolescence à un moment où, justement, les jeunes consommaient des produits. Aucune étude n'a vraiment réussi à éclaircir les liens de causalité entre prise de drogues et problèmes psy. Beaucoup de schizophrènes n'ont jamais consommé le moindre psychotropes et beaucoup d'anciens consommateurs souffrant de troubles psy avaient des gros antécédents. Au point où l'on parle de plus en plus de la consommation de drogue comme forme d'auto-médication sauvage.
Mais du point de vue de santé public, l'alcool reste le produit (et de très très loin), le plus dangereux, associé au plus grand nombre de morts, d'invalidité durable, de troubles psy, de difficultés sociales. Si on prend le point de vue toxicologique pure, c'est-à-dire sans tenir compte des conditions d'usage, l'alcool reste l'une des substances les plus toxiques pour l'organisme, y compris les neurones. Si on prend le point de vue de la dépendance, l'alcool est à nouveau dans le peloton des produits les plus dépendogènes... mais si on considère le nombre de consommateurs d'alcool, on voit que ça se passe assez bien, en fin de compte.
Bref, la drogue, c'est un problème d'usage. Comme le vélo en fait. On sait assez bien gérer certains usages, on ne permet pas à tout le monde de piloter un airbus, une voiture, un vélo. On propose des parcours d'apprentissages, des évaluations de ces capacités, des règles basée sur l'usage. En matière de consommation, il n'y a pas grand chose. La règle c'est l'autorisation/prohibition du produit. Je ne sais pas s'il faut formaliser les usages comme pour la conduite automobile, mais je sais que diaboliser les produits n'est pas la solution. C'est même, selon moi, très souvent ce levier qui renforce le lien entre les populations vulnérables (adolescents, pauvres, paumés) et les pratiques dangereuses.
Vous battez pas, je vous aime tous