Rastacouair a écrit :
Biosmog je ne doute pas que tu fasses partie d'une certaine élite, intelligente, cultivée, réfléchie, instruite...
Le problème c'est que des gens comme toi font le nid du FN depuis toujours... Malgré eux certainement, ils sont blindés de bonnes intentions certainement.
Tu peux bien penser que l'électeur du FN est un idiot, un inculte, un bas du front (sans jeu de mot), un miséreux... Et tout ce que tu peux porter de négatif dans ton jugement... Ce jugement peut être juste ou pas sur le fond, à la limite ce n'est même pas le problème... On connait depuis longtemps la sociologie du vote FN...
Par contre sur la forme, ce mépris que tu portes à cet électorat, peut être malgré toi... Ne fait que renforcer cet électorat.
Que peut bien avoir l'électeur frontiste face à ta réussite, ta culture, ton éducation, lui qui pour X ou Y raison, est privé de tout ça ? Que peut il faire face à toi qui lui crache ton mépris à la tronche en le traitant par exemple d'idiot ? Il ne lui reste que son bulletin de vote.
C'est biaisé parce que la famille Le Pen est membre depuis longtemps d'une élite qu'ils prétendent combattre... Y'a qu'à voir le patrimoine du borgne...
Mais ça l'électeur FN n'en a que faire dans l'absolu... Il va voter FN pour te contrer, toi. Et plus tu vas le mépriser, plus tu vas provoquer sa haine, plus tu vas l'acculer... Plus il va vouloir te combattre avec son bulletin de vote.
Ma conviction est que si on cessait de prendre les électeurs FN pour des abrutis mais qu'au contraire on avait pour eux la compréhension qu'ils attendent face au désespoir de certains d'entre eux (je pense aux ex électeurs du PCF)... On n'aurait pas l'extrême droite à 30% aujourd'hui...
Bref vous avez sans doute raison sur le fond (faut pas être très futé pour croire aux programme de Le Pen)... Mais sur la forme, vous faites absolument tout ce qu'il ne faut pas faire... Je sais pas si vous êtes les plus intelligents de l'échiquier politique, mais vous n'êtes pas en tous cas les plus malins...
Il y a des points où l'on n'est pas d'accord, mais il y a aussi des points où tu te trompes.
D'abord, ça va te surprendre, mais je ne pense pas avoir raison sur le fond, je ne suis pas sûr que des gouvernements de gauche en Europe pourraient apporter quelque chose de positif, dans le contexte actuel. Les gauchistes ont le même problème de frontière que les extrêmes-droites: une frontière ça fait partie des choses, comme les prisons (j'en parlais l'autre jour) qui ne fonctionnent pas! On le sait depuis des décennies, voir plus longtemps, mais on continue de chercher des solutions de ce côté. Un électeur de gauche est d'une certaine manière aussi stupide qu'un électeur d'extrême-droite. Mais il travaille, à la Kandide je dirais, pour la seule solution qui est acceptable humainement, et viable à long terme pour l'humanité. Un monde de compétition individualiste court à sa perte. Ce sont toujours des sursauts collectifs, souvent souverainiste d'ailleurs (la nation), qui ont sauvé le monde de sa pulvérisation. Aujourd'hui, il est impossible de se recroqueviller sur une solidarité nationale, et plus tellement à la mode de courir avec son fusil pour massacrer le pays voisin. Donc, c'est une grande solidarité à l'échelle planétaire qui doit émerger. Sinon, à moyen terme, avec les bouleversements climatique et la pénurie des ressources, on sera submergé par les migrants climatiques, politiques, économiques. Et contre cette lame de fond, même les meilleurs préparations de survivalistes ne pourront rien.
Ensuite, je fais peut-être erreur sur ce que tu diagnostiques comme étant une réaction contre les élites.
Enfin, je pense que tu fais erreur sur le mépris. Je viens de parents sans formation. Pendant mon enfance, mon père a fait des petits boulots à droite et à gauche et ma mère faisait des ménages. Aujourd'hui, elle survit d'aides sociale et de son héritage de veuve. Je viens vraiment des milieux les plus pauvres de ma ville. Quand beaucoup d'enfants issus de ces milieux développent une forme de volonté de revanche sociale, coupent complètement avec leur milieu, empruntent pour faire des études brillantes, et faire des métiers très rémunérateurs, je suis resté dans une forme de simplicité. J'ai fait mes études en habitant dans les squats, dans des branches pas très porteuses. J'ai fait de la musique à mi-temps, en travaillant comme éducateur de proximité (salut Lord). J'ai trainé sur les scènes ouvertes de la drogue pour écrire un bouquin. J'ai travaillé avec les SDF, sur les violences domestiques, sur les inégalités devant l'éducation. J'ai fait une thèse sur le tard. Aujourd'hui, je travaille peu et malgré de bons gros diplômes, je gagne moins qu'un ouvrier suisse qualifié. Je ne suis ni propriétaire et n'ai pas 100 balles sur mon compte à la fin du mois. Je ne prétends pas faire partie du monde ouvrier, mais dans mon apparence, mon mode de vie, il n'y a rien qui indique un déni de mes origines. Même si je suis maintenant davantage un saltimbanque qui se prend pour un intello qu'un ouvrier, je crois savoir qu'est-ce qui constitue du mépris de classe et qu'est-ce qui n'en constitue pas.
Vous battez pas, je vous aime tous