je laisse aussi cette chronique du film par jacques lourcelles :
C'est l'un des très grands films américains des années 70. Comme The Deer Hunter (Michael Cimino, 1978 ), il offre cette dualité très moderne d'être à la fois un récit d'action extrêmement intense et "physique" et une parabole aux développements philosophiques solidement charpentés, quoique semés de doute et d'ambiguïté. À travers une virée écologique qui se transforme en cauchemar sanglant et shakespearien, John Boorman présente la fascination pour la vie primitive comme une forme de régression mentale particulièrement dangereuse et perverse, conduisant tout droit à la tragédie. L'homme moderne doit accepter la civilisation, même si ses bases lui paraissent souvent douteuses ; certes l'animalité qui sommeille en lui réactive périodiquement un penchant à la nostalgie, une rêverie sur l'Eden. Mais ce penchant n'a aucune chance de se satisfaire dans le monde actuel, sauf comme ici dans l'horreur pure et simple. Les autochtones de cette région sans pollution et sans progrès technique vivent les derniers jours d'un univers dégénérescent qu'il serait absurde de regretter quand il aura disparu. Boorman utilise un rythme assez lent, une trame aux péripéties volontairement limitées, un découpage ample faisant peu appel aux ressources du montage pour donner le maximum de retentissement concret et cosmique à chacun des développements de cette anti-épopée. Comme beaucoup de films actuels, Délivrance baigne dans une lumière fantastique et inquiétante, aussi vacillante que les certitudes des personnages. Tournage sur les lieux mêmes de l'action et dans l'ordre chronologique de séquences.
Jacques Lourcelles, Dictionnaire du cinéma.