Gros déterrage, et pour cause, je suis allé le voir hier.
Préambule: ado, j'adorais "Tokyo Tapes", le premier live à m'avoir fait flasher autant que le Made In Japan (décidément) de Deep Purple. Et la guitare d'Uli n'y était pas pour rien. Hélas trop jeune, je n'ai vu Scorpions qu'un peu plus tard, alors qu'Uli venait de quitter le groupe, la première tournée avec Mattias Jabs. Fabuleux concert d'ailleurs! Mais le petit regret de ne pas avoir vu Uli.
Fast Forward 2026: Uli passe dans mon repaire habituel, le Zik-Zak à Ittres et donc l'occasion est trop belle d'enfin saluer le maître (avant que ça ne soit plus possible). Le concert est soldout (petite salle de 350 personnes), le premier groupe est allemand et s'il est très convenable, rien qui me hérisse les poils non plus - passons.
Entretemps, j'avais discuté avec mon pote à la table de mix qui m'explique qu'il a dû calmer les ardeurs d'Uli lors du soundcheck - quelque part, notre cher teuton vit encore à l'époque de Woodstock (il a un côté vieil hippie) où on mettait ses plexis à fond sans arrière-pensée ... et hélas nous sommes à l'époque du 100dB max
: . Bref, après un premier accord dantesque, Uli a bien dû s'adapter à l'époque (au passage, en matière de plexi, il joue en fait sur Blackstar Artisan 100W - avec des panneaux déflecteurs de plexiglas devant).
Uli débarque seul sur scène et nous explique qu'il y'aura deux parties: une première en solo, et ensuite une avec le groupe entier, avec qui il interprètera l'intégralité de l'album "Virgin Killer"! Sa voix est étonamment douce. Il empoigne sa Sky guitar et nous livre son interprétation de deux pièces classiques (dont "Rondo à la turque") puis quelques morceaux de sa composition, dans ce même esprit néo-classique dont il est un des principaux pionniers. La dextérité est là, et c'est un soulagement parce que son apparence elle n'est pas très rassurante: un mélange entre Gandalf le très gris et Captain Igloo qui se serait échoué sur l'île de Robinson Crusoë.
Il nous parle ensuite un peu de sa philosophie (très new age/hippie/cosmique - si on ne le savait pas, on l'avait deviné rien qu'aux illustrations projetées derrière lui), et aussi de son livre (la brique est apporté sur scène par sa sculpturale fille - qui fait aussi office de claviériste du groupe).
Enfin, il nous invite à une projection de ses peintures (car oui, il peint) qui sont ... kitsch on va dire (TRES kitsch). La salle écoute, applaudit poliment.
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Ca vous donne une idée
Honnêtement, même si ce n'est pas du tout mon truc, je trouve qu'il a bien gagné le droit d'essayer de faire partager son univers, surtout qu'on le sent d'une sincérité désarmante. Après cela, il annonce une pause (qui durera quand même au moins 20 minutes).
Retour avec le groupe, qui se compose d'un bassiste-chanteur, d'une choriste, d'un batteur, d'un deuxième guitariste et donc de sa fille aux claviers. Ils attaquent "Pictured Life" et là on se dit qu'on va passer un bon moment: le groupe est super au point, le chanteur est fantastique (il le faut pour faire oublier le Klaus Meine de la grand époque!), et les arrangements sont fidèles aux originaux. Uli joue tranquillement (à 71 ans, on ne va pas lui demander de faire des bonds) et prend visiblement plaisir tant à jouer ses vieux titres qu'à l'accueil enthousiaste du public. Tout l'album y passe et quel plaisir de l'entendre jouer avec cette qualité et je dirais même cette fraîcheur.
Ensuite, Uli (qui a chanté certains morceaux comme à l'époque, et très bien en fait!) annonce qu'ils vont encore jouer quelques titres de "Taken By Force" et "In trance" et on a droit à un défilé de perles: "We'll Burn The Sky" (dont il rappelle que le texte a été écrit par sa compagne Monica Dannemann, ex-petite amie de Hendrix), The sails of Charon et en apothéose "In Trance" sur laquelle le public déchaîné s'époumonne à qui mieux mieux.
Uli est visiblement ravi et nous quitte avec la même douceur et sérénité dont il a fait preuve toute la soirée. Et moi j'ai la sensation d'avoir bouclé la boucle: je l'ai raté il y'a plus de 45 ans, j'ai réparé cette erreur, très tard mais pas "trop" tard. Après le concert, je discutais avec des potes musiciens et on était tous d'accord: entre voir le Scorpion actuel et Uli et son groupe, y'a pas photo (en tout cas si on aime/connaît le répertoire pré-Still Loving You)!