Breaknet a écrit :
Donc oui l’humilité c'est de comprendre que c'est en travaillant sur moi, sur ma musique, mon groove ect. que j'arriverai à faire de la musique.
Le contraire, le melon, c'est croire qu'on est tellement arrivé qu'on peut se préoccuper de l'impact des frettes sur le son...
En revanche ça doit en jeter en soirée non ?
Oui, pour l'humilité, je suis d'accord avec toi. Mais:
Je ne crois pas que se préoccuper du matériel c'est impliquer de croire qu'on "est arrivé". Je crois même que faire des théories sur les bois n'a strictement rien à voir avec le melon. Tu peux trouver des aussi gros melons qui vont te prétendre que tout se passe dans les doigts, le réglage, que rien n'est dû à la guitare elle-même.
Mon petit combat du moment, c'est d'arrêter l'auto-flagellation, le réalisme stérilisant, le mépris du musicien et de la musique. Je crois même que cette position en retrait, de fausse humilité, est la pire des choses: les gens, convaincus de n'avoir rien à exprimer, d'être au seuil de la "faute musicale", n'osent rien faire, rien dire qui n'est pas perroquetage. Quand j'entends les petites démos par ici, je suis très souvent abasourdi par l'absence totale de créativité des gens qui sortent parfois à des vitesses supersoniques tous les plans de SRV, ou de Hendrix, mais dont l'expressivité, la personnalité est NULLE. Et on retrouve une idée de compétition, qu'on retrouve aussi dans cette hiérarchie imbécile des instruments: pas qu'on ne puisse faire de comparaison, mais, tu le dis très bien quand tu dis que l'important c'est de "travailler sa musique".
Chaque guitare a quelque chose à dire. Parfois c'est vrai que c'est plutôt pauvre, caché, difficile à apprécier ou à valoriser. Mais chercher plutôt dans la guitare, comme instrument, que dans les spécifications ou les prix, la musique, voilà. Et là, il faut une bonne dose de prétention je trouve. Il faut sortir du réalisme ("ce n'est qu'une Harley Benton") et se mettre à parler au bois, à se raconter des histoires, imaginer une compagne (mais surtout, pitié, ne pas donner de nom à sa guitare, ça c'est autre chose). Bref, il faut un peu d'amour dans les yeux, de l'exhalation, et pas un catalogue des prix. Vu de façon réaliste, c'est extrêmement prétentieux. Mais c'est de la bonne prétention.
Celui qui joue en se disant que de toute façon le public n'entend pas la différence, que de toute façon sa guitare est très moyenne, que de toute façon cela ne se passe que dans ses doigts et ceux-ci sont tout boudinés, et bien, celui-ci, assurément, au mieux, fera de la musique ennuyeuse.
Vous battez pas, je vous aime tous