jazzprac a écrit :
P..., tu m'as donné envie d'essayer de nouveau. Ton plaidoyer ferait une superbe chronique littéraire, et crois-moi, je m'y connais.
Merci
Pour tout avouer, à un moment, j'ai sérieusement pensé faire des études de journalisme
J'ai suivi un autre chemin, mais bon, de temps en temps ça refait surface... (t'as pas besoin d'un pigiste par hasard ?
)
Celà dit, je comprends parfaitement le sens de ta démarche et ta critique concernant l'écriture d'Umberto Eco, il est clair que son érudition (et pour moi, Eco est un peu un Montaigne des temps modernes, un des derniers "honnêtes hommes" en circulation, et c'est en grande partie ce qui me fascine chez lui) peut agacer, tout comme le fait que, dans sa méthode narrative, le personnage est avant tout le conduit de thèses. Celà dit, les personnages de Casaubon et Belbo ne sont pas vides de substances, loin de là, mais il est certain que leur psychologie est approchée par un angle particulier, plus à la façon d'un peintre impressioniste: on les découvre à travers leur démarche et leur cheminement intellectuel plus que leurs propos, ce que, personnellement, je trouve intéressant et en rupture avec une écriture plus "figurative" (faute d'un meilleur terme).
En même temps, je dois dire que, souvent, la lecture du Pendule m'a souvent fait rire, des passages comme celui de la "Faculté d'Insignifiance comparée" ou celui où ils élaborent leur "Plan" imaginaire sont absolument jubilatoires et montrent l'étendue du sens de l'humour d'Umberto Eco, qui a une immense qualité: malgré son immense savoir, il ne se prend jamais au sérieux, et (chose dans laquelle j'avoue me reconnaître) a manifestement un goût prononcé pour l'acrobatie intellectuelle gratuite
En fait, c'est marrant, mais je retrouve un peu dans le Pendule ce qui m'a également fasciné dans des oeuvres moins savantes comme la série des romans de Raymond E. Feist (Magician et ses suites, Betrayal at Krondor, etc), à savoir une capacité à mettre en place un comique de situation un peu pince-sans-rire, la capacité à jongler avec des fils temporaires et des personnages multiples, ce qui donne à son roman un aspect multi-dimensionnel assez fascinant...
Pour en revenir à Dan Brown, ses propos en interviews semblent pourtant démontrer qu'il essaie bel et bien de créer autour de son roman une sorte de culte (d'autant plus inquiétant que les thèses qu'il défend ont, pour quiconque en connaît les tenants et aboutissants, des relents franchement nauséabonds), la question étant de savoir s'il y croit réellement ou s'il le fait uniquement pour entretenir la controverse autour du Da Vinci Code (ce que de toute évidence il réussit admirablement). Mais effectivement, le roman m'a rappellé le sabir pseudo-ésotérique de hall de gare de Coelho (Titin au pays des gnostiques ?
) et ses prétentions à faire aborder des problématiques qui ont obsédé des intellectuels de tous bords depuis la nuit des temps en les observant par le petit bout de la lorgnette et sans l'humilité pourtant nécessaire à un tel exercice intellectuel...
Bref, on pourrait en discuter encore longuement sans ne serait-ce qu'effleurer le débat, mais, en tout cas, je suis ravi d'avoir suffisamment piqué ta curiosité pour t'avoir donné envie de te replonger dans le Pendule, qui reste pour moi une des oeuvres majeures de ce siècle