Interview de Kirk dans le "24 Heures" (quotidien Suisse) de ce matin:
«Bienvenue à l'audition!» L'entrée en matière fait marrer Kirk Hammett, qui avise d'un coup d'oeil étonné les instruments déposés dans un coin de la salle de classe: une petite batterie, quelques amplis bon marché, une basse et une guitare aux cordes usées. Les jeunes élèves de cette école de Jonschwil, dans le canton de Saint-Gall, devineront-ils un jour que le guitariste de Metallica, 120 millions d'albums vendus et 11e des«100 meilleurs guitaristes de tous les temps», selon le très sérieux Rolling Stone Magazine, s'est tenu devant le tableau noir?
Autour de l'école perdue dans les champs, les troupes de choc de Metallica se sont installées. Une armée en campagne qui fournit la scène, la sono et le groupe. Le promoteur, lui, rameute les fidèles: ils étaient 35 000 dimanche pour l'unique concert suisse (lire ci-contre) de cette tournée «de chauffe» avant la sortie du 9e Metallica, Death Magnetic, le 12 septembre.
Monstre à quatre têtes
Dans les couloirs, on croise roadies à tatouages et notables à cravate: le gang californien est réputé tourner avec ses deux avocats! Le film à succès Some Kind of Monsters, documentant le très difficile accouchement de l'avant-dernier disque et l'engagement d'un «coach sportif» de luxe, n'a pas aidé non plus à redorer l'image cool et «authentique» de Metallica. La rançon de la démesure... Avec sonT-shirt de surf et sa tasse de thé barrée d'une croix suisse, Kirk Hammett paraît pourtant se contenter de joies simples.
Où étiez-vous ce matin?
Au Portugal. J'y suis basé avec Robert (ndlr: Trujillo, le bassiste) le temps de cette tournée promo on a choisi le Portugal pour le surf car il y a de bons coins. Nous prenons un avion l'après-midi pour aller jouer, et on rentre le soir. James (ndlr: Hetfield, chant et guitare) est à Prague, Lars (ndlr: Ulrich, batterie) à Londres. Les avions sont nos taxis, une façon de ne pas imposer notre rythme de tournée à nos familles. On les retrouve chaque matin «à la maison».
Il était impossible d'écouter le moindre morceau du nouveau disque avant sa sortie. Comment sonne-t-il?
C'est metal! (Il met les doigts en cornes et se marre.) C'est l'album qu'on aurait dû faire à la fin des années 1980 si on était resté dans le même élan. Dans les eighties, Metallica a établi un son et des règles, défini un style que nous avons confronté à nos racines rock durant les années 1990, avec des hauts et des bas. Death Magnetic sonne totalement différent de tout ce qu'on a fait jusqu'à présent: il présente un son moderne mais des éléments stylistiques propres à Metallica.
Vous confirmez que les solos de guitare sont de retour? Hell yeah!
Dans Some Kind of Monster, dévoilant l'enregistrement de St. Anger en 2001, on vous voit critiquer la direction prise par le groupe. Aurait-il pu redresser la barre plus tôt?
Non. On avait... pas mal de problèmes à l'époque! Les relations entre nous, notre mauvaise humeur dans le studio ne permettaient pas de nous trouver dans notre musique et de sonner d'une seule voix. On a dû faire St. Anger de cette manière pour passer le cap. C'était une question de survie. Notre producteur nous disait toujours: ce que vous faites là, vous en tirerez les résultats non pas pour cet album mais pour le suivant. Il avait 100% raison: Death Magnetic fut si facile à faire! Fun, sans stress du moins pour les 9/10es de l'enregistrement. Après, comme toujours, tout se précipite, la promo, la tournée, des va-et-vient entre les deux côtes américaines, etc. C'est doublement pénible pour moi qui habite Hawaï depuis peu.
Vous n'avez jamais envisagé de composer via internet et e-mails?
Non, nous savons depuis longtemps que nous obtenons le meilleur résultat à quatre dans la même pièce.
N'avez-vous pas été désemparés par la difficulté de proposer d'autres facettes de Metallica?
Oui, le public metal est très conservateur. Nous avons été soufflés par le peu d'enthousiasme et de sympathie de nos fans à l'encontre de St. Anger. J'ai pensé que le film allait aider à comprendre ce disque mais ce fut pire! (Rire.) Les gens n'ont pas voulu faire le lien entre les deux, alors que pour moi il est clair que l'un ne va pas sans l'autre. De manière générale, il est difficile de comprendre comment les choses vont être reçues de nos jours.
Finalement, ce film fut-il une bonne ou une mauvaise idée?
Il était nécessaire.
Ne craignez-vous pas qu'il devienne aux yeux du grand public le film définitif sur Metallica, et non pas le «simple» témoignage d'une mauvaise passe?
J'espère que non, mais c'est hors de ma portée. Je sais que les fans comprennent et c'est tout ce qui m'importe. Ce sont eux qui font exister Metallica, qui achètent nos disques et viennent à nos concerts.
Quand tournerez-vous l'album en Europe?
Au printemps 2009, certainement pour des concerts en salles. Nous avons décidé de choisir des cadres plus réduits, pour notre public comme pour nous. Les records de foule en open air, c'est sympa, mais rien ne vaut la sensation des gens près de toi.
http://www.24heures.ch/pages/h(...)tail/(contenu)/254148/(offset_article_detail)/0