duss80 a écrit :
padisha_emperor a écrit :
je vaiss ur un forum américain, où il n'y a que des fans de W, et qui n'aiment pas triop la France (non pas par masoschisme mais c'ets très instructif).
qu'est ce qu'ils se marrent les cons ! ils sont vraiment ravis.
Et un a bien saisi le vote d'une bonne moitié des nonistes : "Chirac s'est pris une grosse claque" (bon je vous la fait pas en anglais désolé)
D'autres, un peu cons, croient que la France rejette pour les même raisons que les britanniques : parce qu'ils l'estime beaucoup trop social.
"Si la Constitution Européenne échoue, les Etats-Unis ne se réjouiront pas"
Par John Vinocur International Herald Tribune, Washington, 24 Mai 2005.
Extraits :
"For one thing, a negative outcome requiring Europe to rethink its future path very likely means slowing down the entry process of Turkey and Ukraine into the EU -- both projects for Europe’s future that the Americans stand behind. The more advanced candidacies of Romania and Bulgaria, both Bush administration buddies, could falter too. All this does not go in the direction of the administrationn’s notion that an enlarged, coherent EU partner is actually its best possible European play."
D’une part, un résulat négatif qui force l’Europe à repenser son futur risque très probablement de ralentir l’entrée de la Turquie et de l’Ukraine dans l’Union, deux projets pour l’avenir de l’Europe que les Américains soutiennent. Les candidatures plus avancées de la Roumanie et de la Bulgarie, toutes deux alliées de l’administration Bush, pourraient échouer aussi.
Tout cela ne va pas dans la direction de l’idée de l’administration (Bush) selon laquelle un partenaire européen élargi et cohérent est en fait sa meilleure carte.
"An official, sitting in his office here, couldn’t have been clearer on the European constitution : ‘If they think it would get them a few yes points, we’ve told the French we’re ready to condemn the thing in minutes.’"
" nous avons dit à nos amis français, dit l’officiel américain (à Washington), que, si cela peut favoriser le oui, nous sommes prêts à condamner le traité".
"If EU constitution fails, U.S. won’t be gloating"
International Herald Tribune Europe
www.iht.com/articles/2005/05/2(...)s.php
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Il est difficile de se prononcer avec une totale certitude, faute de pouvoir sonder les âmes des habitants de la Maison Blanche, mais il semble assez évident que la question divise profondément l'administration actuelle.
D'un côté, on trouve des internationalistes qui semblent plutôt apprécier la clarification des rôles dans l'UE et l'émergence d'un ministre des affaires étrangères qui pourrait, sur la plupart des sujets, porter la voix européenne. C'est par exemple le cas de Condoleeza Rice, qui déclarait le 11 février dernier au Financial Times :
As Europe unifies further and has a common foreign policy — I understand what is going to happen with the constitution and that there will be unification, in effect, under a foreign minister — I think that also will be a very good development. We have to keep reminding everybody that there is not any conflict between a European identity and a transatlantic identity.
Cette déclaration de Rice a immédiatement déclenché l'ire de la faction conservatrice et néoconservatrice. Une note de l'Heritage Foundation du 16 février 2005 intitulée "l'administration Bush ne doit pas soutenir la constitution européenne" critiquait sévèrement les propos de la secrétaire d'Etat :
Rice’s comments may be seized upon by supporters of a federal Europe, whose goal is the creation of a European super-state, as a counterweight to American global power. They could present her remarks as official confirmation of American support for the EU Constitution and may use them to try to isolate those who are campaigning across Europe for defeat of the Constitution in referenda.
Même son de cloche, dans un langage moins châtié, à la très bushienne National Review :
Even allowing for the necessity to come out with diplomatically ingratiating remarks ahead of a major presidential visit to the EU, the comments from Bush and Rice are either delightfully insincere or dismayingly naïve.
The project of a federal EU has long been driven, at least in part, by a profound, and remarkably virulent anti-Americanism, with deep roots in Vichy-era disdain for the sinister "Anglo-Saxons" and their supposedly greedy and degenerate culture.
La confrontation directe entre les deux factions a eu lieu à l'occasion de la tournée de Bush en février dernier. Si l'on croit le Daily Telegraph, le discours du président américain devant les chefs d'Etat européens aurait dû contenir les phrases suivantes (je traduis) :
J'ai appris que l'Europe envisage de se doter d'une constitution. Nous Américains sommes très attachés à notre constitution, et vous devriez aussi être attachés à la vôtre.
Ces phrases ont finalement été rétirés du discours, qui avait été préparé par le Département d'Etat, sous la pression du camp conservateur à Washington et des eurosceptiques britanniques :
Leading British Euro-sceptics were enlisted to help win a battle within the White House over how far Mr Bush should go in endorsing a more unified EU, after reports began to circulate in Washington that his planned speech would express backing for the constitution.
Members of the staff of Dick Cheney, the vice-president, are also said to have intervened with Mr Bush's speechwriters to ensure the removal of language which, conservatives say, would have given a powerful and explicit boost to campaigners for the EU constitution.
On retrouve ici, en filigrane, les lignes de front qui existent peu ou prou depuis la prise de fonction de l'administration Bush depuis janvier 2001 : d'un côté, les diplomates du département d'Etat, éventuellement rejoints par les militaires du département de la Défense, plutôt enclins au multéralisme et à la coopération; de l'autre, la vice-présidence, les civils du département de la défense et leurs soutiens dans les think tanks et la presse conservatrice et néoconservatrice, qui sont franchement pour l'unilatéralisme, même s'ils se divisent souvent sur le degré de "messianisme" que doit comporter la politique étrangère américaine. Et, au milieu, un Bush qui n'a jamais cherché à complètement trancher entre les deux factions.
La note de l'Heritage Foundation citée plus haut affirmait ainsi que :
There is no evidence to suggest that the White House endorses the EU Constitution, and the Bush Administration’s position has until now been largely neutral, with a healthy dose of skepticism.
Diagnostic qui me semble toujours assez juste. Malgré les déclarations de l'ambassadeur des Etats-Unis auprès de l'UE qui semblent plus refléter la position d'une grande partie du département d'Etat que celle de l'administration dans son ensemble.
Evidemment, on peut quand même se poser des questions sur le sens tactique de la faction conservatrice. S'ils avaient ne serait-ce qu'une once de connaissance de l'état de l'opinion européenne en général, et de l'opinion française en particulier, ils auraient dû pousser de toutes les forces pour que Bush soutienne la constitution, et le plus clairement possible.