Moi j'écris.
Tout jeune, je me voyais bien chez "Apostrophe" qui d'ailleurs s'appelait autrement à l'époque. J'ai commencé à envoyer des manuscrits un peu partout. Un peu partout, mais pas n'importe où (car comme vous dites, on a sa dignité). Silence compact. Mauvais ? J'étais mauvais ? non, même pas. Alors comment ça se fait ? pourtant mes amis, ma famille, ceux qui me lisaient, me disaient : T'es vraiment bon.
Le temps passait, les kg de papiers de génie s'entassaient dans des cartons. Je participais à des concours, je gagnais parfois et j'étais toujours aussi fier. Je me disais que mon heure allait finir par me dire : à toi mon pote.
Vous savez jusqu' où j'ai poussé ma connerie de dignité ? à refuser d'être édité dans une revue que je jugeais à l'époque pas assez bien pour moi. Ben oui, le seul mec qui a bien voulu me faire bosser, je l'ai balayé en ricanant. Moi dans ce torchon pour illettrés ?
Tout le monde me disait : faut bien commencer petit, mets ta fierté de merde dans ta poche, c'est le pied à l'étrier ça mon gars, après tu verras, l'important c'est d'être lu, connu.
Mais j'ai pas écouté. Donc je ne sais pas. Je ne sais rien. Peut être que j'étais mauvais, peut être que j'étais bon. En tout cas, qu'est ce que j'étais digne !
Aujourd'hui il m'arrive la boule au ventre, de regarder ma putain de dignité. Je la vois plus trop car petit à petit, je me suis assis dessus et on s'est perdu de vue...trop tard, bien trop tard car j'ai été con très longtemps. Mais quand par nostalgie, je me penche vers elle, je n'arrive pas à l'appeler autrement que "salope", je n'ai aucune estime pour elle. Elle s'en bat vous me direz car la dignité s'accommode de tout, mais ça j'y croyais pas avant, je croyais qu'elle faisait l'homme. Ouais, tu parles, elle le cache c'est tout, elle cache surtout la trouille et les doutes. C'est juste un truc pour faire croire que t'es élégant.
Je dis ça, je dis rien.