Avant d'aborder mon bilan, permettez moi de présenter une dernière découverte de 2025, et un de mes plus gros coups de cœur de l'année: le folk mélancolique de
Dôji Morita.
Tombé dessus par hasard sur YouTube, sa voix douce m'a tout de suite happé, et sans avoir cherché à en savoir plus sur elle, j'ai fini par écouter chaque morceau qui apparaissait dans mes recommandations, puis l'intégralité des six albums studio qui composent sa discographie.
Active entre 1975 et 1983, c'est une autrice-compositrice-interprète bien mystérieuse qui se cache derrière ce nom de scène et cette touffe de cheveux frisés. Pourtant, durant ses huit années de carrière, Dôji a su délivrer des chansons et des textes très personnels, dans une poésie cynique, abordant régulièrement les thèmes de la mort et du deuil, en l'enveloppant de sa voix calme et douce, comme si elle berçait un enfant.
Sur scène, elle s'accompagne de sa guitare, et bien que l'on puisse entendre quelques occasionnels synthés, en studio ce sont les instruments acoustiques qui dominent le mix et préservent cette atmosphère délicate. Si elle avait un équivalent contemporain, je dirais qu'elle se rapproche de Ichiko Aoba, bien que la musique de cette dernière soit beaucoup plus positive et lumineuse que celle de Dôji. Le morceau posté au-dessus, Tatoe Boku ga Shindara (Si je venais à mourir), issu de son album Last Waltz, annonce bien la couleur.
Plus tard, c'est son morceau Bokutachi no Shippai (Nos échecs) qui a reçu un regain de popularité après avoir été utilisé comme générique pour un drama en 1993, dix ans après la fin de sa carrière.
Dôji Morita s'est retirée de l'industrie en 1983 après un ultime concert, et n'est jamais réapparue en public depuis. Elle est décédée d'une crise cardiaque en 2028 à l'âge de 65 ans. Sa mort a été simplement signalée dans un communiqué.
Seuls trois de ses singles sont disponibles officiellement en streaming, mais il existe des gens généreux sur YouTube, et vous pouvez écouter l'intégralité de sa discographie à
cette adresse. 6 albums studio, un album live sortit en 1978, et trois compilations (1981, 93, et 2003).
J'ai une préférence pour son premier, GOOD BYE, un album très personnel dédié à un ami décédé, qui se clôture par le magnifique morceau Sayonara Boku no Tomodachi (Adieu mon ami)
Voilà une des talentueuses artistes qui a accompagné mon année 2025. Pour ce qui est des autres:
Il y a d’abord les découvertes de 2024:
SUZUKIMIKIKOZU et
Sorry No Camisole. Deux groupes de genre très différents au premier abord, mais toujours féroces en live.
Les Suzuki’s ont fait leur début en major en début d’année avec un leur album
Abara qui, si il n’est pas leur meilleur, reste très bon et tout à fait cohérent et ils y invitent même des légendes du métier comme Hisako Tabuchi. Et pour mon plus grand plaisir, le groupe autorise toujours la captation vidéo de leurs concerts. Concerts qui se limitent souvent au strict minimum: une guitare, une batterie, et le chant passionné de Mikiko qui fait vibrer toute la salle.
Et les Sans Camisole ne sont pas en reste. Ils ont continué à me captiver avec leurs lives déchaînés et leur premier EP
Filth! qui donne une nouvelle fraîcheur au grunge. J’ai hâte de voir l’avenir de ce groupe plus que prometteur. En espérant que leur popularité fulgurante les encourage à persévérer (mais j’ai comme l’impression qu’au moins Haruka et Yurina prennent déjà le projet très au sérieux).
SUZUKIMIKIKOZU - Seiseidôdô, shibô (Shunkan-teki bibôroku - Live au Shimokitazawa SHELTER)
Sorry No Camisole - Slut Core (Filth! - Live au Sakuradai POOL)
Parmi celles que je ne me lasse pas de voir grandir, il y a bien sûr les ex-BiSH.
CENT a fait ses débuts en major avec son
Love Album, certes peut-être légèrement en dessous niveau diversité des genres comparé à son premier, mais néanmoins addictif, et le blu-ray live inclus avec rattrape tout. Son concert au Zepp DiverCity est pour moi l’un des meilleurs de l’année et confirme son talent scénique.
Puis il y a eu l’EP de
(momo) qui a peaufiné son style depuis le premier que j’avais trouvé mouais…bof avec
Glass no Kuni / Land of Glass, à fond dans son style folk-fantasy et, encore une fois, beaucoup de vulnérabilité dans les paroles. Même si ce n’est qu’un projet annexe à côté de ses nombreuses autres activités (poésie, romans, Youtube, TV,...), je suis content de la voir s’exprimer comme elle l’entend.
PEDRO nous a encore sorti un EP magistral,
Chippoke na Yoake / Tiny Dawn, tout droit sorti des tripes d’Ayuni, et toujours emmené par la guitare puissante de Hisako. Ayuni est également en passe de devenir un band leader charismatique en s’exprimant pleinement sur scène avec une sincérité poignante.
Et enfin,
AiNA THE END continue sa folle course vers le succès avec
Kakumei Dôchû - On The Way et s’apprête à chanter son tube sur les plateaux des deux émissions du reveillon les plus regardées du Japon: Kôhaku et CDTV. En plus de cet excellent single qui l’a propulsée en tête des charts, elle nous a aussi offert d’autres très bons titres cette année comme les magnifiques ballades Hana Musô et Daijôbu, ainsi que l’entrainant Katsubô (et le un peu plus “mouais…bof” Aria).
2025 a aussi été l’année des changements administratifs. Cent a signé en major, Momoko a quitté son agence pour devenir totalement indépendante, Aina a quitté WACK et a déménagé chez Avex pour de bon, et Ayuni quand a elle, a quitté la major EMI pour sortir son EP sous son propre label indépendant. Bref, une excellente année pour ces quatres anciennes collègues (et les deux autres aussi, dans leur domaine), alors que leur ancienne agence est sur le déclin. Renaîtra-t-elle ou pas de ses cendres, difficile à dire, mais pour moi le miracle a déjà eu lieu: il s’appelait BiSH, et l’avenir est rayonnant pour celles qui se sont séparées au sommet.
CENT - Girlfriend (Love Album - Live au Zepp DiverCity)
(momo) - Glass no Kuni / Land of Glass
PEDRO - 1999 (Chippoke na Yoake / Tiny Dawn - Live au GORILLA HALL OSAKA)
AiNA THE END - Hana Musô (Live au Zepp Haneda)
Je n’oublie pas non plus
Ano et
Hitsujibungaku, qui en plus de nous offrir deux excellents albums, chacune poussant son propre style un peu plus loin sans se dénaturer, ont donné leur premier concert au Budokan. Une salle, deux ambiances.
Celui d’Ano (rattrapé sur Bilibili
) envoie valser avec panache toutes les conventions et piétine (littéralement!) toutes les critiques et insultes à son encontre, dans un concert tantôt endiablé, tantôt intimiste, sur la scène centrale entourée des quelques milliers de spectateurs en effervescence. Si on peut regretter la séparation de son groupe punk indé I’s en 2024, son esprit punk et déjanté, lui, n’a pas disparu. Et son deuxième album
BONE BORN BOMB confirme à nouveau son orientation musicale. On passe de morceaux très pop qui partent dans tous les sens à des chansons plus sensibles qui ne prennent pas de pincettes pour exprimer son état d’esprit dépressif, mais apportant à chaque fois une note d’espoir. Et toujours le même fil conducteur: un chant à fleur de peau et des arrangements définitivement rock.
Pour le concert d’Hitsuji, elles (on peut dire elles maintenant) ont joué dans une ambiance céleste avec cette couronne de projecteurs surplombant la scène. Une mise en scène simple mais tellement envoûtante qui laisse toute la place à leur trois instruments. Rien de mieux pour mettre en valeur leur nouvel album
Don't Laught It Off: mélodique, poétique, mais aussi percutant par moment (je ne me lasse pas de cette ligne de basse sur Burning, et en live… sensationnel!)
ano - Hone-baki * Yûgure Dairy (BONE BORN BOMB - Live au Budokan)
Hitsujibungaku - Itoshii Hibi (Don't Laught It Off - Live au Budokan)
Brandy Senki et
171 (inaichi) ont fait leur débuts en major cette année, là encore à un bout et à un autre sur le spectre du rock indé, et prouvent encore une fois que le rock japonais à un bel avenir devant lui.
L'album éponyme de Brandy Senki ressemble plus à une compile/carte de visite, mais bon sang qu’est-ce qu’il est bon ! Dans l’ordre ou dans le désordre, chaque titre est bourré de lignes mélodiques addictives et magnifiquement maîtrisées, et porté par un son délicieusement 90’s tout en gardant une fraîcheur et une signature propre au groupe.
Chez 171, l’album
HELLO! présente un groupe aux multiples influences et rend hommage à la scène foisonnante des live houses, ces salles en sous-sol qui accueillent rarement plus de 200 personnes debout et serrées et où tant de groupes qu’on aime ont fait leurs débuts. Le tout avec les chants punchy de Kana et Harunobu (ou comme j’aime l’appeler: le fils spirituel de Shûtoku Mukai), et une bonne dose de do it yourself.
Deux trio jeunes, motivés, et diablement efficaces !
Brandy Senki - Fix (BRANDY SENKI)
171 (Inaichi) - Ashiato (HELLO!)
En parlant de trio, je pourrai aussi parler du premier album de
Saba Sister, Just Punk Rock! et celui de
Me to Me, My Peace. Peut-être un petit peu en dessous par rapport aux autres (c’est qu’il y a eu tellement de choses nouvelles et inventives cette année, je suis peut-être devenu trop exigeant), "juste" punk rock, simple mais efficace. J’aime les écouter pour me charger à bloc de leur bonne humeur, et rien que pour ça, elles méritent de figurer dans mon bilan.
Saba Sister - Taifû / Typhoon (Takaga Punk Rock / Just Punk Rock)
Me to Me - Happy Star (1st Single (2022) - Live au Shimokitazawa MOSiC)
Il y a aussi eu les coréens de
Peach Truck Hijackers, découverts sur le tard, et leur premier album éponyme. Là aussi, ils offrent un bon vieux punk grungy qui a tout pour me plaire, même si je le trouve un poil en dessous de celui de 171 sorti juste après (c’est moi ou il y a des motifs de basse et de drums qui se répètent?).
Peach Truck Hijackers - Compressed Annoyance (Peach Truck Hijackers)
Enfin, le nouvel album de
HARU NEMURI, son premier depuis qu’elle est devenue complètement indépendante,
ekkolaptomenos. Je pense que son virement de genre musicale a pu décevoir certains anciens fans, surtout par rapport à son EP précédent bien ancré dans un style punk hardcore, mais pour moi il est la suite logique de son cheminement artistique. Ses deux premiers albums exprimaient ses angoisses et sa colère, et il fallait bien qu’elle finisse par canaliser cette colère quelque part. Et ce quelque part a incubé et éclos pour former ekkolaptomenos. Un album conceptuel, hyperpop, qui met des mots sur ses maux et toutes les injustices qui la mettaient mal à l’aise dans ce système. Et il est loin d'effacer ses racines punk/rock, tant sur le plan contestataire que sur le plan musical, car même si l'électro est davantage présent, les morceaux sont toujours soutenus par de solides lignes de guitare et basse. L’album est fait pour s’écouter d’une traite, tout en laissant à chaque morceau une identité propre. Un pur chef-d’œuvre !
HARU NEMURI - anointment (ekkolaptomenos)
Meilleur Album: HARU NEMURI - ekkolaptomenos
Meilleur EP: Sorry No Camisole - Filth!
Meilleur Mini-album: PEDRO - Chippoke na Yoake (oui, un mini-album c’est la même chose qu’un EP, et oui je triche)
Meilleur Single: AiNA THE END - On The Way
Meilleur Single - mention spéciale: Regal Lily - Homecoming (parce que c’est pas le groupe que j’écoute le plus, mais ce single m’a envouté et j’ai fini par l’écouter en boucle toute la fin de l’été)
Meilleur 1er Album: Brandy Senki - BRANDY SENKI
Meilleur 1er Album - mention spéciale: 171 - HELLO! (Premier album major)
Meilleur démarrage: Sorry No Camisole
Meilleur Live vidéo ex aequo: CENT au Zepp DiverCity / ano au Budokan (tout deux offrent un panel de leur capacités actuelles en plus d'être géniaux à regarder et re-regarder)
Meilleur Live vidéo - mention spéciales: Hitsujibangaku au Budokan (car vu uniquement des extraits) / AiNA THE END "nukariari" au Tokyo Garden Theater (un concert merveilleux qui marque toute son évolution depuis son live au Budokan. Ni plus ni moins spectaculaire que ce dernier)
Meilleur MV: 171 - Soundproof Handle (comme je le disais pour leur album: un clip fait avec les moyens du bord, bourré d’inventivité, qui rend hommage aux live houses)
Meilleur Single: AiNA THE END - On The Way
Meilleur Single - mention spéciale: Regal Lily - Homecoming
Meilleur cover Album: Hitsujibungaku - Don't Laught It Off (une simple photo qui reflète très bien l’ambiance de l’album et qui annonçait déjà un voyage qui se poursuivra à deux, sans Hiroa)
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Don't Laught It Off
Meilleur cover Album - mention spéciale: Brandy Senki - BRANDY SENKI (j’aime ce côté kitch qui annonce aussi très bien leur singularité)
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BRANDY SENKI
Meilleur cover EP/Mini-album: PEDRO - Chippoke na Yoake (encore une belle illustration de GUINEA MATE qui montre l’évolution et les contradictions d’Ayuni)
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Chippoke na Yoake
Meilleur cover EP - mention spéciale: Sorry No Camisole - Filth! (l’audace!)
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Filth!
Meilleur cover single ex aequo: CENT - yummy goodday / AiNA THE END - On The Way (parce que cette dualité me fait rire)
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CENT / AiNA
Et enfin,
Meilleurs vœux à tous ceux qui ont contribué aux 883 pages de ce forum. Que votre année 2026 soit pavée de belles émotions et vibrante de nouvelles découvertes. Que vos cordes soient toujours accordées. Puissent vos artistes préférés tourner près de chez vous !